La fantasy se déroule-t-elle nécessairement dans un univers médiéval ?
Non.
En tant qu'amateur de jeux vidéo comme Final Fantasy, et également en tant qu'auteur, je n'ai jamais considéré que la fantasy devait se limiter à cette période historique. Bien au contraire.
Pourtant, ma propre vision de l'univers de Flamme Bleue – Préludes de l'Ombre a évolué au fil de sa création.
Comme je l'expliquais dans mon article consacré à la naissance du roman, les premières versions s'inscrivaient davantage dans une fantasy classique, avec ses races traditionnelles et une esthétique médiévale.
Mais en abandonnant progressivement ces éléments, j'ai également repensé l'identité visuelle de mon univers. Je me suis alors orienté vers une esthétique inspirée des années 1900 et de la Belle Époque, tout en conservant certaines caractéristiques propres à la fantasy.
Car si Flamme Bleue appartient bien à ce genre littéraire, son univers ne repose pas sur une civilisation médiévale.
De 2054 à une nouvelle civilisation
L'histoire de ce monde commence en 2054, l'an 0 du calendrier du roman, avec le cataclysme de Yellowstone, qui provoque l'effondrement du monde moderne.
Près de quatre siècles et demi plus tard, l'humanité a reconstruit des villes, réorganisé ses sociétés et progressivement retrouvé certaines capacités techniques.
Mais cette reconstruction ne s'est pas faite de manière uniforme.
Dans la région où se déroule le roman, les citadelles ont développé une architecture inspirée de la Belle Époque. Les bâtiments monumentaux, les façades travaillées et l'organisation des quartiers les plus prestigieux témoignent notamment de la volonté des élites d'afficher leur puissance et leur statut.
Cette esthétique n'a pourtant pas toujours existé. Elle est le résultat de plusieurs siècles d'évolution, depuis les premières constructions destinées à assurer la survie jusqu'aux édifices plus élaborés que les progrès techniques ont progressivement rendus possibles.
À l'inverse, les villes de la Confédération des Communes Libres (CCL), comme Thalès, privilégient une architecture beaucoup plus sobre. Non pas simpliste, mais fonctionnelle, adaptée aux besoins de leurs habitants, sans recherche excessive d'apparat.
Ce contraste n'est pas uniquement visuel. Il reflète également des différences sociales, politiques et culturelles entre les communautés.
Et surtout, rien ne permet d'affirmer que cette esthétique se retrouve partout dans le monde. Le roman se concentre sur une région particulière, dont l'histoire ne représente pas nécessairement celle des autres civilisations.
Des technologies perdues, d'autres redécouvertes
L'effondrement du monde moderne n'a pas simplement entraîné la disparition de certaines machines. Il a également bouleversé la transmission des connaissances.
Avec la perte de l'électricité, une grande partie du savoir conservé sous forme numérique est devenue inaccessible.
La nécessité de survivre, les conflits successifs et les menaces qui ont marqué les siècles suivants ont encore compliqué sa préservation.
Pour autant, tout n'a pas disparu.
Des documents, des photographies, des ouvrages et des vestiges de l'ancien monde ont été retrouvés au fil des générations. Certaines connaissances ont pu être conservées, d'autres redécouvertes.
Mais connaître le fonctionnement théorique d'une technologie ne signifie pas disposer des moyens nécessaires pour la reproduire.
La reconstruction a donc suivi son propre rythme, en fonction des ressources disponibles, des savoir-faire retrouvés et de la stabilité des différentes communautés.
Ainsi, certaines mairies disposent désormais de communications téléphoniques leur permettant d'échanger des informations à distance. Ce service reste toutefois réservé aux institutions et n'est pas encore accessible au grand public.
De même, une liaison ferroviaire de fret est en phase d'expérimentation entre Euler et Bell. Elle pourrait, à terme, ouvrir la voie à d'autres projets de transport.
Ces exemples témoignent d'une civilisation qui continue de progresser, mais dont les capacités techniques restent très éloignées de celles du XXIe siècle.
Pourquoi les armes à feu ont-elles disparu ?
L'absence d'armes à feu et d'explosifs constitue une autre particularité de cet univers.
Leur fabrication et leur entretien nécessitent des moyens techniques et industriels devenus difficiles à réunir après le cataclysme.
Mais cette disparition ne s'explique pas uniquement par des contraintes matérielles.
L'existence des Thanatosis Necrotica a également profondément influencé la manière dont les populations envisagent la violence et la sécurité.
Ces goules peuvent apparaître à la suite du réveil imprévisible de certains cadavres. Dans un tel monde, faciliter la mise à mort à distance, notamment grâce aux armes à feu ou aux explosifs, pourrait multiplier les situations où des morts deviennent à leur tour une menace pour les vivants.
L'usage de ces armes présenterait donc un risque qui dépasserait largement leurs avantages immédiats.
Une règle tacite s'est ainsi imposée au fil du temps : ne pas chercher à réintroduire des moyens de destruction dont les conséquences pourraient devenir incontrôlables.
Les armes blanches occupent par conséquent une place centrale dans les affrontements.
Ce choix peut sembler paradoxal dans une civilisation capable de développer des communications téléphoniques ou d'expérimenter le transport ferroviaire.
Il s'inscrit pourtant dans une logique propre à ce monde, où le progrès technique ne dépend pas seulement de ce qu'il est possible de fabriquer, mais aussi des dangers que son utilisation pourrait engendrer.
Un monde qui suit sa propre histoire
Le monde de Flamme Bleue n'est donc pas une civilisation médiévale à laquelle auraient été ajoutées quelques technologies modernes. C'est une société née de l'effondrement de notre monde à nous, puis transformée par plusieurs siècles de survie, de conflits et de reconstruction.
Son architecture, ses institutions et ses technologies sont les conséquences de cette évolution.
Les influences de la Belle Époque que l'on retrouve dans certaines cités ne constituent pas davantage une référence universelle. Elles témoignent notamment de l'influence des citadelles et de leurs élites dans une région particulière.
D'autres populations ont pu emprunter des voies très différentes. Et pourtant, malgré tous ces éléments, une chose m'a frappé lors des premiers retours sur mon roman.
En découvrant certaines publications de lecteurs, notamment les images qu'ils avaient choisies pour illustrer leur lecture, j'ai constaté que plusieurs d'entre eux représentaient spontanément Flamme Bleue comme un univers médiéval.
Une interprétation qui m'a surpris, puisque le récit comportait déjà des éléments volontairement éloignés de cette période historique.
Avec le recul, je comprends mieux ce rapprochement. La fantasy reste fortement associée, dans l'imaginaire collectif, aux châteaux, aux chevaliers et aux sociétés médiévales. Une épée, une cité fortifiée ou l'absence d'armes à feu peuvent suffire à orienter spontanément la représentation d'un lecteur.
Mais cette confusion m'a surtout amené à réfléchir à ma propre manière de présenter mon univers.
Car si plusieurs lecteurs ont fait ce rapprochement (exemple ici), je ne peux pas simplement considérer qu'ils ont mal interprété le roman.
C'est aussi à moi, en tant qu'auteur, de leur donner les éléments nécessaires pour comprendre le monde que j'ai imaginé.
Les indices présents dans le récit ne suffisaient manifestement pas toujours à transmettre l'identité visuelle que j'avais en tête.
J'ai donc choisi d'ajuster cette présentation, notamment en créant une page dédiée au Service Presse, afin de fournir des références plus précises, mais aussi en ajoutant une note liminaire au début du roman pour mieux situer son univers.
Il ne s'agit pas d'imposer une image unique à chaque lecteur, ni de lui retirer sa liberté d'imagination. Il s'agit de lui transmettre les fondations du monde dans lequel se déroule l'histoire.
Finalement, ces premiers retours m'ont permis d'identifier une faiblesse dans ma manière de communiquer sur Flamme Bleue.
Si mes lecteurs ont spontanément imaginé un univers médiéval alors que ce n'était pas mon intention, c'est que je n'avais pas suffisamment réussi à leur faire comprendre ce qui le distinguait. Et cette responsabilité m'appartient en tant qu'auteur, pas à eux en tant que lecteurs.