Dans Flamme Bleue – Préludes de l'Ombre, Thalès est une petite commune côtière d'environ 300 habitants. C'est notamment de cette ville que partent les mercenaires chargés de comprendre pourquoi Euler a cessé de communiquer.
Contrairement à Euler, dont l'architecture monumentale et l'organisation sociale témoignent de l'héritage des anciennes citadelles, Thalès représente une autre manière de vivre dans ce monde reconstruit après le cataclysme.
Pour concevoir cette commune, je me suis appuyé sur deux influences personnelles : la Bretagne, dont je suis originaire, et le Japon, pour lequel j'ai un intérêt particulier.
Mais il ne suffisait pas d'associer ces deux cultures pour obtenir une ville crédible. Son architecture devait aussi correspondre à sa population, à son environnement, à son économie et aux contraintes du monde de Flamme Bleue.
La Bretagne : un retour à mes origines
Je suis originaire de Guipavas, près de Brest, dans le Finistère. Il était donc assez naturel que la Bretagne fasse partie de mes premières références pour imaginer une commune maritime.
J'ai notamment retenu les caractéristiques de ses villages côtiers : les constructions en pierre, les ports de pêche modestes, les paysages marqués par l'océan et une architecture avant tout fonctionnelle.
Ces éléments correspondent à l'identité que je souhaitais donner à Thalès. Une commune relativement isolée, dont une partie importante de l'activité dépend directement des ressources naturelles qui l'entourent.
La pierre constitue ainsi une référence importante dans la conception des habitations. Elle évoque des constructions durables, capables de résister à un environnement humide et maritime.
Il ne s'agissait cependant pas de reproduire un village breton à l'identique. Thalès appartient à un monde qui a connu plusieurs siècles de bouleversements, de conflits et de reconstruction. Son architecture devait en porter les conséquences, sans perdre cette inspiration d'origine.
Le Japon : une seconde influence architecturale
La seconde influence vient du Japon, dont j'apprécie particulièrement la culture et l'esthétique.
Pour Thalès, je me suis intéressé à certains principes de l'architecture traditionnelle japonaise : la sobriété des formes, la présence du bois, les structures relativement légères et la manière dont les bâtiments peuvent s'intégrer à leur environnement.
L'objectif n'était pas de construire un village japonais au milieu d'un paysage breton, ni de juxtaposer artificiellement deux styles architecturaux.
Je cherchais plutôt à combiner leurs caractéristiques pour obtenir une architecture propre à Thalès. La pierre et les matériaux massifs rappellent les constructions bretonnes, tandis que les éléments en bois et certaines dispositions architecturales s'inspirent davantage du Japon. Ce mélange devait rester discret. Les habitants de Thalès ne construisent pas leurs maisons pour reproduire une culture ancienne, mais parce que ces bâtiments répondent aux besoins de leur quotidien.
Cette distinction est importante dans la conception de Flamme Bleue. Même lorsque je pars de références historiques ou culturelles réelles, je cherche à les adapter aux conditions du monde du roman.
Pourquoi ne pas créer un village médiéval classique ?
Lorsqu'on imagine une ville dans un univers de fantasy, il est assez facile de se tourner vers les références médiévales habituelles : maisons à colombages, auberges, remparts et bâtiments inspirés de l'Europe du Moyen Âge.
Ce n'est pas la direction que je voulais prendre.
L'histoire de Flamme Bleue débute avec le cataclysme de Yellowstone, en 2054. Les sociétés qui peuplent le monde du roman vivent environ quatre siècles et demi après cet événement.
Elles ont reconstruit leurs communautés à partir des connaissances, des ressources et des vestiges des civilisations précédentes. Leur évolution technologique et architecturale ne suit donc pas nécessairement celle de notre propre histoire. Pour l'ensemble de l'univers, je privilégie une esthétique qui emprunte notamment à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, avec des adaptations selon les régions et les communautés.
Thalès conserve ainsi une architecture rurale et maritime assez sobre. Elle ne possède pas la monumentalité des anciennes citadelles, mais elle n'a pas non plus vocation à ressembler à un village médiéval générique.
Une économie adaptée à 300 habitants
L'apparence d'une ville ne suffit pas à la rendre crédible. Il faut également comprendre comment ses habitants vivent et comment la communauté fonctionne. Avec environ 300 habitants, Thalès ne pouvait pas disposer des mêmes infrastructures ni des mêmes activités qu'une cité de plusieurs dizaines de milliers de personnes.
J'ai donc construit son économie autour de trois activités principales : la pêche, l'agriculture et l'élevage.
Le littoral permet d'exploiter les ressources maritimes, tandis que les terres environnantes accueillent notamment des cultures céréalières et des activités d'élevage. La taille réduite de la commune implique également des moyens de production adaptés à sa population.
Le choix des bateaux de pêche
Pour représenter l'activité maritime de Thalès, je me suis orienté vers des embarcations de pêche inspirées de celles utilisées au début du XXe siècle.
L'idée était de conserver une petite flottille, de l'ordre de trois à cinq bateaux, plutôt que de multiplier les navires ou d'imaginer un grand port commercial.
Ces embarcations ne disposent pas de moteurs à vapeur. Leur conception reste adaptée à une activité de pêche locale, aux moyens dont disposent les habitants et à l'environnement maritime de la commune. Ce choix permet également de maintenir une cohérence avec le développement technologique particulier du monde de Flamme Bleue.
Produire, mais aussi échanger
Thalès n'est pas totalement indépendante des autres communautés. La pêche, les cultures et l'élevage lui permettent de produire des ressources alimentaires. En revanche, d'autres biens, notamment certains métaux et outils, nécessitent des échanges avec l'extérieur. Le commerce et le troc occupent donc une place importante dans son fonctionnement.
Cette organisation économique a des conséquences directes sur la conception de la ville : la présence d'un petit port, les espaces destinés aux activités agricoles, les lieux de stockage et les voies permettant de transporter les marchandises. L'architecture et l'économie ne sont pas deux aspects séparés. Elles doivent se répondre.
Concevoir une ville qui existe au-delà du récit
Thalès ne devait pas être uniquement un décor servant de point de départ aux personnages. Je voulais qu'elle possède une identité identifiable, même indépendamment des événements du roman.
Son nombre d'habitants, ses ressources naturelles, son architecture et ses relations commerciales devaient former un ensemble cohérent. C'est également pour cette raison que Thalès et Euler présentent des différences aussi marquées. Elles appartiennent au même monde, mais ne partagent ni la même histoire urbaine, ni les mêmes moyens, ni la même organisation sociale. Cette diversité est importante à mes yeux. Après plusieurs siècles de reconstruction, les sociétés de Flamme Bleue ne peuvent pas toutes avoir évolué de façon identique.
Thalès représente ainsi une communauté à échelle humaine, dont la survie et le développement dépendent autant de son environnement que des relations qu'elle entretient avec les autres communes.
À travers elle, je souhaitais également intégrer une part de mes origines bretonnes et de mon intérêt pour le Japon, sans que ces influences paraissent étrangères à l'univers. C'est l'un des principes qui guident mon travail de création : chaque lieu doit posséder une raison d'être, au-delà de son apparence et de son rôle dans l'histoire.
Pour découvrir Thalès sous l'angle de son organisation, de sa population et de son histoire, sa fiche dédiée est également disponible.